Riccardo Patrese a bien entendu une longue carrière en Formule 1 avec 257 départs à son actif. Il a remporté six Grands Prix et a terminé 3e du championnat du monde de F1 à deux reprises, en 1989 et 1991, à chaque fois pour le compte de Williams. On a également vu le pilote italien en Endurance, plus particulièrement aux 24 Heures du Mans où il compte trois participations. Nous l’avons rencontré lorsqu’il est sorti de sa « retraite » en juillet dernier pour disputer les Total 24 Heures de Spa sur la Honda NSX GT3 en compagnie de Loïc Depailler, Esteban Guerrieri et Bertrand Baguette.

Après déjà quelques saisons en F1, vous avez participé aux 24 Heures du Mans en 1981 (sur une Lancia Beta Monte Carlo avec Piercarlo Ghinzani et Hans Heyer). Que gardez vous en mémoire de vos premiers pas au Mans ?

« Déjà, les 24 Heures du Mans sont une course spéciale, c’est le summum au niveau des épreuves d’endurance. Etant pilote de monoplace déjà à cette époque, je n’aimais pas particulièrement aller au Mans à cause de la nuit et de mon implication en F1. Je me rappelle qu’avec mon team principal, Cesare Fiorio, nous étions tombé d’accord. Je lui avais alors dit : « ok, je viens au Mans, mais ne m’utilise pas à temps plein ! » Avec cette auto, nous savions que nous aurions des soucis de fiabilité car elle avait été préparée pour des courses de 6 heures ou de 1000 kilomètres. C’était vraiment une épreuve prestigieuse à faire, mais, à aucun moment, je n’ai jamais senti que nous étions suffisamment compétitifs pour gagner. J’ai eu raison, nous n’avons pas fini (rires) car nous avons eu un souci moteur. D’ailleurs, peu de Lancia ont terminé Le Mans. »

Cependant, vous revenez l’année suivante avec la Lancia LC1 (même équipage qu’en 1981). Comment était cette auto à piloter ?

« C’était une bonne voiture : rapide et agile. Malheureusement, nous étions dans la même philosophie que l’année précédente avec une auto plus conçue pour des sprints de 1000 kilomètres. Cela s’est de nouveau confirmé car nous n’avons pas vu la nuit cette année là encore (soucis électriques). De toute façon, à chaque course de 24 heures auxquelles j’ai pris part, à chaque fois, la voiture avait dû abandonner avant (Riccardo Patrese a fini ses premières 24 heures à Spa en…2018, ndlr). »

Vous avez ensuite attendu 15 ans avant de revenir aux 24 Heures du Mans avec la Nissan R390 GT1 (Aguri Suzuki et Eric Van de Poele). Pourquoi avez-vous accepté d’y revenir ?  

« C’était un grand projet Nissan et cette année-là était vraiment le début. Ça a vraiment marché à partir de l’année suivante. Il m’avait demandé de venir disputer cette course et j’avais accepté. J’avais une autre idée en tête. J’avais arrêté ma carrière en F1 en 1993 (avec Benetton ndlr) et je souhaitais revenir au Mans et en endurance pour voir si je pouvais débuter une seconde carrière dans cette discipline. Le souci est que le projet était vraiment très récent et ma voiture a dû abandonner à 22 heures (soucis de boîte de vitesses). En 1997, Nissan avait engagé trois autos et n’avait pas de pièces de rechange. Ils ont alors décidé de retirer la notre de la course pour avoir, en cas de besoin, des pièces et ainsi pouvoir terminer la course. »

Pourquoi ne pas avoir participé aux 24 Heures du Mans plus souvent ?

« Tout simplement parce qu’après 17 saisons passées en F1, j’étais fatigué ! J’ai débuté en karting en 1966 et j’ai terminé par les 24 Heures du Mans en 1997, ce qui représente 30 ans de compétition à plein temps ! J’étais usé et je me suis alors tourné vers d’autres passions (l’hippisme entre autres, ndlr). J’ai donc décidé d’arrêter ma carrière sur cette course ! En fait, je pensais en avoir fini mais ce n’est pas le cas (rires). J’aime les défis, j’ai connu cela tout au long de ma carrière. Je n’avais pas en tête le fait de venir rouler aux Total 24 Heures de Spa. Castrol Honda Racing a décidé de disputer cette course. Il y a peu de temps, ils ont pensé à moi parce que le team manager de JAS, Alessandro Mariani, est un de mes bons amis depuis l’époque de la F1. Ça fait 25 ans que je n’ai rien fait en sport auto, la dernière fois que je suis venu ici, à Spa, c’était en 1993 en F1 ! Lorsque Honda a pris contact avec moi, ils m’ont alors dit que je pouvais faire un test et décider ensuite. Depuis le temps que je n’avais pas piloté, j’ai pris beaucoup de plaisir. J’ai alors dit « oui » pour une simple et bonne raison : j’adore piloter et ça a toujours été comme cela ! » 

A la fin de l’interview, Riccardo Patrese nous a confié une anecdote qui révèle le niveau de sécurité qui régnait sur les circuits au début des années 1980 !

« Une année, aux 24 Heures du Mans, je faisais le tour du circuit avec Michele Alboreto. Nous étions dans la ligne droite des Hunaudières qui était, à l’époque, sans chicane. Nous avons alors vu, à un endroit, des rails de sécurité qui étaient enfoncés dans le sable. Elles pouvaient bouger facilement. Nous sommes allés voir des commissaires en leur signifiant que c’était dangereux. Si une voiture sortait à plus de 350 km/h, voire 400 car on n’était pas loin de ces vitesses là à ce moment là, les rails auraient cédé et la voiture pouvait finir dans les arbres. Lorsqu’on a reporté ça aux commissaires, ils nous ont répondu : « Vous êtes au Mans. Vous êtes venus pour piloter. Si vous le voulez, vous pouvez, sinon vous pouvez rentrer à la maison ! » Heureusement le sport automobile est bien plus sûr maintenant. »   

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